Il y a des deuils dont on ne parle pas. Pas par mépris — par maladresse, par peur de dire la mauvaise chose, parfois parce qu’on ne sait même pas qu’il y a eu un bébé. La perte d’un enfant à naître, ou dans les premiers jours de sa vie, fait partie de ces deuils silencieux.

Vous vous demandez peut-être si vous avez le « droit » d’aller mal. La réponse est oui. Toujours.

De quoi parle-t-on exactement ?

Le deuil périnatal couvre un champ large, parfois mal connu :

  • la fausse couche précoce (avant 14 SA) ou tardive
  • l’IMG (interruption médicale de grossesse) pour raison médicale fœtale ou maternelle
  • la mort fœtale in utero (MFIU) après le 5e mois
  • le décès néonatal, dans les heures, jours ou semaines qui suivent la naissance
  • parfois aussi : une grossesse arrêtée sans expulsion, vécue dans la sidération

Chacune de ces situations a sa propre texture. Aucune n’est « moins grave » qu’une autre.

Le mythe du « petit » deuil

Une phrase revient souvent : « c’était tôt, ce n’était pas encore un bébé ». Sur le plan biologique, c’est un débat. Sur le plan psychique, c’est faux. Dès qu’un projet d’enfant prend forme, dès qu’une grossesse est annoncée — même intérieurement — un lien commence à se tisser. Le perdre, c’est perdre cet enfant-là, mais aussi tout ce qu’on avait commencé à imaginer avec lui.

Les conjoints, les pères, les coparents : les grands oubliés

Quand on parle de deuil périnatal, on imagine d’abord la mère. C’est légitime — le corps a vécu la grossesse, le corps vit la perte. Mais le conjoint, lui, traverse souvent un double mouvement : son propre chagrin, et la peur de ne pas « être à la hauteur » pour soutenir l’autre.

Beaucoup mettent leurs émotions de côté pendant des mois. Puis quelque chose lâche. Une crise d’angoisse en voiture. Une colère inexplicable au travail. Un effondrement à l’anniversaire du terme. Ce n’est pas du retard — c’est ce que le corps fait quand on lui a demandé de tenir trop longtemps.

Et la fratrie ?

Les frères et sœurs aînés, même très jeunes, perçoivent la perte. Pas avec des mots, mais avec leur corps : sommeil perturbé, retour de pipi au lit, agressivité, dessins étranges. Leur dire la vérité, simplement, à hauteur de leur âge, vaut mieux que tous les « ce n’est rien » du monde. Cette situation rejoint parfois ce qui se rejoue dans une jalousie de fratrie ou dans l’anxiété de l’enfant qui n’arrive pas à nommer ce qu’il ressent.

Quand consulter ?

Pas besoin d’attendre que ça aille « vraiment mal ». Quelques signaux qui méritent qu’on s’arrête :

  • vous évitez tout ce qui rappelle la grossesse (rayon bébé, amies enceintes…) depuis plusieurs mois
  • vous ne dormez plus, ou vous dormez trop
  • vous vous sentez coupable au quotidien, sans pouvoir nommer pourquoi
  • une nouvelle grossesse arrive, et l’angoisse vous submerge — ou ce sont les premiers mois du nouveau bébé qui rouvrent la plaie (baby blues, dépression postpartum : les différences ici)
  • le couple ne communique plus sur cette perte

La Haute Autorité de Santé a publié en 2023 un cadre renforcé pour l’accompagnement de la fausse couche, avec un parcours dédié remboursé par l’Assurance Maladie.

Ce qu’on travaille en consultation

On ne « tourne pas la page » — on apprend à vivre avec une page qui restera ouverte. On nomme ce qui a été tu, on redonne une place à cet enfant dans l’histoire familiale (un prénom, un rituel, une trace), et on rouvre doucement un espace pour la suite, quand elle est désirée.

Le rôle du psychologue

Un accompagnement ne change pas la perte. Il change la façon dont on peut la porter. Pour les pères comme pour les mères, en individuel ou en couple, parfois avec la fratrie. Le rythme est le vôtre. Il n’y a pas de « bon moment » pour consulter : il y a un moment où vous n’avez plus envie d’être seul avec ça.


Si vous avez vécu une perte périnatale, récente ou ancienne, vous pouvez en parler. Le cabinet propose un accompagnement périnatalité à Saint-Sornin (17600), à 10 minutes de Marennes, 20 d’Oléron, 25 de Royan. Honoraires libres : 60 € la séance (chèques, espèces ou CB). Le cabinet n’est pas conventionné Mon Soutien Psy — pour un suivi via ce dispositif, voir l’annuaire ameli.fr. Prise de rendez-vous au 07 68 78 30 44.